Arthur Desmarteaux à l'oeuvre.

Découvertes artistiques

Mon œuvre s’inscrit dans la poursuite du courant de la figuration libre ou narrative, courant qui fait lui-même écho au Pop Art. Le néodadaïsme est aussi un courant auquel mon œuvre réfère. Robert Crumb, Robert Combas, les graffitistes américains Keith Haring & Jean-Michel Basquiat, Hayao Miyazaki, Murakami, Niki de Saint-Phalle et Jean Dubuffet sont quelques-uns des artistes qui m’inspirent le plus dans mes recherches picturales.

La plupart de mes œuvres sont de type maximaliste et présentent donc des compositions extrêmement complexes et saturées de détails, d’innombrables lignes courbes. Mes œuvres rappellent aussi l’univers imaginaire et les émotions de l’enfance où pullulent monstres mystérieux et dangereuses créatures légendaires. Quel que soit le format de l’œuvre, elle est entièrement travaillée.

Étant un enfant de la dictature de la communication, mes sujets sont entre autres inspirés des émissions télévisuelles, du cinéma fantastique (Metropolis, par exemple), de la mythologie, de l’actualité mondiale, de l’iconographie propre aux premiers jeux vidéo, des rythmes de la musique indépendante (indie), de la publicité et de la caricature. Je cite en les détournant les œuvres marquantes de l’histoire de l’art et je m’inspire des arts premiers. On retrouve parfois des références au théâtre dans mes dessins sous forme de fables burlesques qui s’inspirent de Samuel Beckett ou du dramaturge Torontois Georges F. Walker, par exemple. La bande dessinée indépendante issue de la contre-culture des années 1960 (underground comix), la culture urbaine et le dessin animé d’auteur sont aussi des sources d’inspiration importantes afin de développer l’imagerie truculente et expressive que je recherche. La création de bandes dessinées fait d’ailleurs partie de ma pratique artistique. Quelquefois mes œuvres sont issues de rêves ou de cauchemars.

Étant citoyen montréalais, les rues de cette métropole et sa diversité humaine sont une source première d’inspiration dans mon art. Je désire véhiculer ma perception de la ville contemporaine et des rêves de villes meilleures. Le monde urbain est le périmètre exact de mon imaginaire. La plupart de mes œuvres évoquent l’exubérance, la folie, l’activité incessante, le capharnaüm, les pirouettes du cirque, l’univers carnavalesque. Elles incarnent la fertilité et l’absence d’interdits, se dégageant de l’esthétique dominante. Je désire mettre de nombreuses trouvailles dans une même œuvre aux références intrigantes et ainsi brouiller les pistes.  À l’intérieur de mes estampes mélangeant horreur et féerie se trouve la surabondance des signes, des lignes, des figures, des couleurs prélevées dans les cultures populaires.
Mes œuvres dramatisées sont collées sur la réalité d’aujourd’hui et racontent les conflits politiques et problématiques sociales actuels. En ce sens, elles introduisent l’éthique plutôt que s’en tenir à la simple esthétique. Mes dessins politisés sont ainsi empreints d’une contestation drolatique, d’une ironie acerbe face aux valeurs établies. En tant que témoin de notre temps, je transmets ma perception de l’actualité internationale avec une verve humoristique, une pointe d’autodérision quant à notre condition. Je ne perds pas de vue les aspects tourmentés du réel que sont les guerres et la dégradation de la biodiversité. Je m’adonne au collage, une technique qui se prête bien à la satire et la parodie. Je peins le mode de vie, les fantasmes, les loisirs et le quotidien du consommateur américain, avec ses produits et ses médias fétiches. J’interroge l’expansion grandissante des biens de consommation dans la vie contemporaine. Mon œuvre devient ainsi un observatoire des mutations idéologiques et politiques de la société.

Plongés dans l’industrie de l’information avec l’Internet, les télécommunications et l’avènement de l’impression offset à grand tirage, nous sommes de plus en plus rapidement inondés par des milliers de nouvelles images quotidiennement. La foison de détails propre à mes dessins boulimiques réfère à cette réalité bien contemporaine. Il s’agit d’une façon de résister face à cette surenchère propre à l’invasion des images. Figures et décors bizarroïdes prolifèrent au point qu’il semble se produire un événement nouveau à chaque centimètre.

Mes œuvres faussement naïves mettent en scène les tragédies humaines tout en étant parfois engagées socialement. Si les couleurs animent mes œuvres, le traitement des figures issues du tissu urbain traduit un certain chaos, une déchirure teintée d’humour grinçant. Ma palette tonitruante n’est qu’un artifice pour mieux servir la brutalité des propos. En faisant côtoyer le réalisme au fantastique, je cherche à créer une mythologie personnelle au travers de mes créations qui sont le résultat d’un défoulement subjectif.

Je privilégie l’amusement, le plaisir de dessiner tout en revendiquant la liberté d’action absolue et le refus des limites qui sont essentiels à l’évolution de ma pratique. Afin de ne pas scléroser ma créativité, je fuis les tabous que sont la sexualité ou la violence, faisant fi des convenances du politiquement correct. J’oppose à l’intellectualisme théoricien les farces et je creuse le sillon du grotesque, véhiculant ainsi un art non élitiste.

Au niveau de la composition, mes oeuvres excessives sont le plus souvent envahies d’un grouillement incessant de signes, motifs végétaux sexualisés, bestiaires et autres personnages extravagants qui saturent l’espace pictural. Le fond et la forme s’interpénètrent de manière inextricable dans un maelstrom de délires absurdes hauts en couleurs. J’entretiens un rapport obsessionnel avec la feuille de papier et l’improvisation fait partie prenante de mon processus de création. Je laisse libre cours à l’imagination débridée, aux découvertes imprévues, au déploiement des émotions, à la pureté et la vitalité. La part manuelle, le plaisir d’expérimenter constamment, les reprises et surcharges sont à nu. J’ignore le bon goût et je laisse l’imaginaire se déployer tel un puissant organisme de signes.

J’aime également intégrer de courtes phrases dans mes compositions spontanées (des commentaires personnels ou des pensées du moment). L’écriture automatique accompagne ainsi le tracé linéaire qui marque les figures. De la prolifération de détails insolites surgissent des assemblages de mots qui viennent surnaturer le sens.
Je souhaite apporter des instants de joie et d’étonnement aux spectateurs grâce à mes œuvres foisonnantes. Je pratique un art populaire qui donne le vertige, un art jubilatoire et tonique. Mes œuvres à la fantaisie plus ou moins perverse rendent justice à l’imaginaire, elles ouvrent les parenthèses du rêve et expriment une sensibilité toute personnelle. Elles font l’éloge de l’érotisme et reflètent les désillusions de notre société. Entre spectateur et acteur, le regardeur peut se les approprier tel un lecteur devant une bande dessinée.

Étant membre actif de l’Atelier Graff, l’art imprimé sous toutes ses formes occupe une place prépondérante dans mes recherches en arts visuels. Étant aussi membre de l’Association québécoise des marionnettistes, je m’intéresse au théâtre de marionnettes et j’ai présenté mon dernier projet intitulé « Le temps du rêve » lors de la 9e Nuit Blanche de Montréal à la Galerie ARPRIM (Montréal). Les marionnettes sont une extension naturelle de ma pratique en arts visuels qui privilégie la narration. Avec le théâtre, mes compositions et personnages prennent vie et s’animent pour le bonheur de tous.

La création collective sied bien à ma pratique et je réalise donc plusieurs œuvres avec ma partenaire Allison Moore. Je vais éventuellement créer des œuvres en film d’animation, un médium qui me permettra d’approfondir mes recherches artistiques. J’apprécie la grande liberté d’expression que procure la création en arts visuels.

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Complaisance, impression jet d'encre et crayon sur papier, 8x10 pouces, 2007

Oasis, sérigrphie, 10x13 pouces, édition de 19, 2007
Oasis, silkscreen, 10x13 inches, edition of 19, 2007